En ce mois d’Octobre Rose, Cosmébio donne la parole à au docteur Freychet dermatologue et spécialisée en médecine environnementale et membre de l’Association santé environnement France (Asef), pour mieux comprendre les effets des traitements contre le cancer sur la peau et découvrir ses conseils pour en prendre soin pendant et après cette période. Nous abordons également le choix des produits cosmétiques et l’intérêt de privilégier des produits bio avec des compositions adaptées aux besoins des peaux fragilisées.
Le cancer du sein est le cancer hormono-dépendant le plus fréquent au monde. Seuls 8% sont d'origine génétique, les autres, d'origine multifactorielle peuvent être liés à notre environnement donc évitables. Malgré les avancées thérapeutiques et de dépistage, le taux de nouveaux cas augmente, touchant des populations de plus en plus jeunes (30 % des 29-39 ans selon Santé Publique France). Sachant que les substances chimiques ont été multipliées par 300 en 50 ans, les substances toxiques, dont les plastiques, les pesticides, les hydrocarbures aromatiques, issus de la pétrochimie ou les métaux lourds, tous présents dans notre quotidien, montrent une corrélation avec les cancers.
Certains peuvent mimer à notre détriment et avec distorsion nos hormones : on les nomme Perturbateurs Endocriniens (PE). Les études montrent un niveau de preuve de 90% dans l'implication des cancers. Ils interviennent à tous les niveaux : initiation, progression, promotion, contribution aux métastases et à la résistance aux traitements. Il serait important d'intégrer ces données en prévention.

Les effets des traitements contre le cancer sur la peau
Cosmébio : Les traitements contre le cancer peuvent avoir de nombreux effets secondaires sur la peau. Quels sont les principaux changements cutanés que vous observez chez vos patientes pendant une chimiothérapie ?
Dr Freychet : Les effets indésirables des traitements anti-cancéreux sur la peau sont souvent au premier plan et les plus fréquents. Même quand ils restent modérés, ils peuvent persister de nombreux mois et être le fardeau principal pour le patient qui devrait en être informé par l'équipe soignante.
Dans tous les cas, il existe une sécheresse cutanée et les démangeaisons sont fréquentes.
On observe pour les chimiothérapies des œdèmes ou rougeurs type "Erythème toxique" ou "Syndromes mains-pieds » ; des chutes de cheveux ; des hyperpigmentations localisées ou diffuses type bronzage. Des photosensibilisations avec réaction au soleil sont possibles.
Pour les thérapies ciblées il peut y avoir aussi des éruptions type acné, une atteinte des ongles et de leur pourtour. Concernant les immunothérapies, des dépigmentations comme le vitiligo, des éruptions type eczéma ou lichen, des maladies auto-immunes comme des bulles peuvent apparaître.
Pour la radiothérapie on observe des rougeurs, des ulcérations et des mucites (atteinte de la muqueuse buccale).
Le retentissement est également d'ordre psychologique car lorsqu'ils sont visibles ces effets altèrent l'image et l'estime de soi, peuvent être stigmatisants. La peau est un organe tactile, en relation avec le domaine affectif et social.

L’importance de prendre soin de sa peau
Cosmébio : Pourquoi est-il particulièrement important de prendre soin de sa peau pendant les traitements contre le cancer ?
Dr Freychet : Il est important d'avoir un bon état cutané et une bonne hydratation avant de commencer les traitements qui vont déstabiliser l'équilibre habituel entre barrière cutanée et hydratation ce qui influe aussi sur l'immunité et le renouvellement cellulaire. Le microbiote cutané, ensemble des micro-organismes non pathogènes et protecteurs de surface, est également modifié.
La prise en compte de l'apparence au travers des soins cosmétiques peut aider les patients à mieux supporter ces inconvénients.
Les gestes à adopter au quotidien pour préserver le confort de sa peau
Cosmébio : Quels gestes simples recommandez-vous à vos patientes pour préserver leur confort cutané au quotidien durant le traitement ?
Dr Freychet : Il faut essayer de ne pas rajouter un risque toxique, PE, décapant ou allergisant aux effets des traitements.
Les dermo-cosmétiques occupent une place importante dans la prévention et le traitement de ces effets indésirables. On peut les repartir en 2 entités :
- La première correspond aux soins d'hygiène quotidiens, indispensables dans le nettoyage et l'entretien de la peau : ils comprendront un nettoyant doux respectant le pH acide de la peau et un produit émollient. Je préconise pour la toilette les savons végétaux solides, en particulier saponifiés à froid ; ils gardent toutes leurs propriétés et respectent la peau. Ils sont plus écologiques car utilisent moins d’eau pour leur fabrication, leur emballage évite le plus souvent le plastique. Ils restent abordables et permettent de nombreux lavages si on sait les sécher. Pour celles qui préfèrent les gels douche, savoir que le milieu aqueux nécessite plus de conservateurs (parabènes, phtalates) pour éviter la prolifération microbienne, et que des additifs et microplastiques indésirables et potentiellement nocifs migrent du flacon vers le contenu (d’autant plus que ce dernier est gras.) Penser alors aux éco-recharges.
Cependant les produits de toilette seront rincés alors que sur le corps et le visage les émollients hydratants persisteront durant la journée. Il est donc primordial de choisir des produits sans toxiques, ni PE et ainsi privilégier des cosmétiques bio labellisés. Une peau lésée peut faciliter la résorption des ingrédients et permettre une circulation générale dans l'organisme. Les huiles végétales seront bien adaptées avec des restrictions pour les huiles de Nigelle (allergies) et de Millepertuis (photosensibilisant). - La seconde regroupe des soins d'embellissement, de maquillage et de camouflage qui seront peut-être nécessaires. Prendre soin de soi est un moment agréable de détente. Cependant les vernis à ongles sont parmi les plus chimiques (phtalates, formaldéhyde, toluène, camphre synthétique) ainsi que les rouges à lèvres (PFAS, métaux lourds, PEG, huiles minérales issues de la pétrochimie) : il vaut mieux faire appel à des produits spécifiques et contrôlés, comme les cosmétiques bio certifiés et labellisés.
Les parfums sont des composés complexes et volatils souvent synthétiques, au potentiel allergisant et perturbateur endocrinien (phtalates, musc), à utiliser avec grande parcimonie, plutôt sur les vêtements que sur la peau et dans un endroit bien aéré.
Les fonds de teint et les crèmes teintées de qualité qui ne contiennent pas de PFAS (nom INCI "perfluoro") de silicones, ni de colorants aux métaux lourds ou dioxyde de titane, camoufleront les stigmates de la maladie et des traitements.

Comment choisir ses cosmétiques pendant les traitements contre le cancer ?
Cosmébio : Lorsqu'il s'agit de choisir des produits cosmétiques pendant cette période, quels critères conseillez-vous de privilégier ? Y a-t-il certains types de soins ou d’actifs particulièrement adaptés ?
Dr Freychet : Il me semble important d'éviter trop de chimie de synthèse et préférer des produits naturels et si possible bio certifiés par un écolabel reconnu, comme Cosmébio, ayant également un marquage CE. Ces produits ont l'avantage d’éviter les pesticides, les ingrédients controversés ou issus de la pétrochimie avec des formules les plus biodégradables possible et un impact moindre sur notre environnement. Ils ne préservent pas d'une éventuelle allergie ; pour cela une liste courte d'ingrédients sera choisie ainsi que des produits non parfumés.
Les huiles essentielles sont puissantes et devront être utilisées très ponctuellement si besoin en évitant les huiles essentielles de lavande et de tea tree qui font l'objet de surveillance.
On peut s'informer grâce aux étiquettes ou s'aider des applications pour smartphones afin de faciliter ces choix (Inci beauty, Quelproduit, Yuka ...).
Les ingrédients et gestes cosmétiques à éviter
Cosmébio : À l’inverse, certains ingrédients, produits ou gestes cosmétiques sont-ils à éviter lorsque la peau est fragilisée par les traitements ?
Dr Freychet : Certains ingrédients comme l'alcool, les sels d'aluminium, le rétinol, l'acide salicylique, le resorcinol, les antiseptiques (sauf prescription médicale), les tensio-actifs agressifs type Sodium-Lauryl-sulfate devront être évités. De même pour les isoflavones de soja utilisées comme anti-âge suspectées d'avoir un effet oestrogénique. Il faudra également choisir des produits émollients ou cicatrisants non comédogènes (huiles minérales : vaseline, paraffine occlusives).
Certaines pratiques comme la pose d'ongles semi-permanents (gel acrylique) et les soins de manucure purement esthétiques, les teintures capillaires, défrisages, gommages, massages trop appuyés, bains ou douches trop chauds et prolongés ne sont pas recommandés.
En cas d'hirsutisme, le traitement fera appel en son temps à l'épilation laser ou en lumière pulsée, mais pas à la cire ni aux crèmes dépilatoires.
Prendre soin de sa peau après les traitements
Cosmébio : Après les traitements et en période de rémission, la peau peut rester fragilisée. Quels sont les conseils que vous donnez à vos patients pour leur routine cosmétique ?
Dr Freychet : L'assèchement et la fragilité cutanée peuvent persister de longs mois, voire apparaître de manière retardée pour la radiothérapie. Les bonnes habitudes devraient être maintenues, favorisant des produits peu nombreux mais de qualité avec une routine sobre mais efficace.
Nettoyer sa peau correctement et en douceur, le soir, pour se débarrasser des polluants, poussières, maquillage, en la séchant bien. Ne pas laisser l'eau s'évaporer seule, ce qui serait desséchant.
Puis l'hydrater et la nourrir avec une crème ou un lait, non parfumés au quotidien, une à 2 fois par jour selon les besoins pour entretenir la barrière cutanée. Les ingrédients comme l'acide hyaluronique, les céramides, l'urée à moins de 5%, la glycérine naturelle, les huiles de coco, jojoba, onagre, tournesol etc.…ont un bon pouvoir émollient. L'adjonction d'eau thermale dans la formule est intéressante.
Penser à se protéger du soleil dès le matin, avant tout en l'évitant surtout aux heures intenses en UV et en utilisant des écrans photo protecteurs (forme crème ou lait, les sprays ne sont pas indiqués car risque de nano-particules et d'inhalation). Certains filtres chimiques sont suspects d'être des PE : Octocrylène, 4 MB camphor, Benzophénones, Homosalate, Cinnamates, par ailleurs ils se dégradent et doivent être renouvelés chaque année. Sans oublier les protections physiques comme t-shirts, chapeaux, lunettes, parasols...
De nombreuses personnes multiplient les produits pour entretenir leur peau or cette surconsommation cosmétique augmente les expositions et contribue à dégrader l'environnement ce qui se répercute sur la santé. En augmentant la pollution (emballages plastiques, filtres UV, solvants, silicones, conservateurs, huiles minérales) on agresse paradoxalement la peau et on alimente ainsi un cercle vicieux pollution-agression cutanée.

Pendant et après les traitements contre le cancer, la peau peut rester fragilisée et nécessiter des soins adaptés. Le choix des produits appliqués au quotidien mérite donc une attention particulière.
Les cosmétiques bio certifiés et labellisés Cosmébio constituent un repère pour mieux s’orienter. Ils répondent à un cahier des charges strict qui encadre leur composition et exclut notamment de nombreux ingrédients controversés comme : les PEG, les huiles minérales issues de la pétrochimie, les PFAS, les parabènes, les phtalates, le résorcinol ou encore l’octocrylène. Le respect de ces exigences est vérifié par un organisme certificateur indépendant.
Choisir un cosmétique bio labellisé Cosmébio, c’est s’appuyer sur un référentiel exigeant et des contrôles indépendants pour mieux comprendre ce que l’on applique sur sa peau.
En période de traitement, chaque peau réagit différemment. Il est donc essentiel de demander conseil à son équipe médicale.