Norme ISO 16128 : pourquoi fait-elle débat ?

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La publication fin septembre de la seconde partie de la norme ISO 16128 a donné lieu à de nombreuses publications dans les médias et sur le web. Il est arrivé que des raccourcis soient pris, pouvant mener à une mécompréhension des enjeux. Pour éviter tout malentendu sur ce que le texte implique, Cosmébio vous explique de quoi il s’agit et pourquoi cela fait polémique.


C’est quoi la norme ISO 16128 relative aux cosmétiques bio ?
 

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La norme ISO 16128 n’est ni un label, ni un cahier des charges, ni une loi. Il s’agit d’un texte d’harmonisation et de structuration des marchés, en l’occurrence le marché de la cosmétique naturelle et bio.

La norme ISO 16128 établit juste quatre catégories d’ingrédients et indique des calculs pour connaître les indices de naturalité des ingrédients.

Grâce à ces éléments, les marques pourront calculer les pourcentages d’origine naturelle ou biologique d’un produit fini qui seront ensuite potentiellement affichés sur les packagings.

NB : la norme ISO 16128 n’a aucun lien avec les labels comme celui de Cosmébio, elle ne définit aucunement leurs exigences.


Pourquoi la norme ISO 16128 relative aux cosmétiques bio fait-elle polémique ?


Chez Cosmébio, nous estimons que la norme ISO 16128 présente un fort risque de tromperie pour les consommateurs - en particulier les non avertis qui découvrent la cosmétique bio - car elle donne les clés pour apposer des allégations ambigües sur le packaging. Trois points prêtent particulièrement à confusion :


Une définition du naturel au rabais


Un ingrédient est considéré comme « dérivé naturel » dès lors qu’il contient plus de 50% de matières premières naturelles. Ce type d’ingrédients peut entrer dans le pourcentage de naturalité affiché sur le packaging d’un produit, au même titre qu’un ingrédient 100% naturel. Pour nous, un ingrédient naturel à moitié est un non-sens.

 

La non-interdiction de substances pétrochimiques, même les plus controversées
 

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La norme ISO 16128 dresse uniquement une classification des ingrédients et donne les modes de calcul pour établir les indices dont découleront les pourcentages d’origine naturelle et biologique d’un produit fini. Elle ne mentionne pas de liste d’ingrédients et process interdits. Une marque pourra donc indiquer « contient XX% d’ingrédients naturels », sans aucune restriction au niveau des ingrédients synthétiques sur le reste de la formule.

Si ce pourcentage est supérieur ou égal à 95%, la marque pourra indiquer « produit naturel » (prescriptions de l’ARPP), même si les 5% restants sont composés d’ingrédients controversés comme le phénoxyéthanol, les parabènes, les silicones… La tromperie sera parfaite, avec la notoriété de l’ISO comme caution. Car pour un consommateur non averti, un pourcentage élevé de naturalité ou d’origine biologique est forcément gage de qualité.
 


Note de l’ARPP :

Un produit cosmétique ne peut être qualifié de “naturel” que si le produit fini contient un minimum de 95%(p/p) d’ingrédients définis comme “naturels” ou “d’origine naturelle”, selon les règles en usage (par exemple : réglementation nationale ou communautaire, cahier des charges ou référentiels publiés).

Un produit cosmétique ne peut être qualifié de “biologique” que s’il remplit au moins une des conditions suivantes :

- il contient 100 % d’ingrédients certifiés issus de l’agriculture biologique ;

- il a été certifié “biologique” par un organisme certificateur ;

- il peut être justifié qu’il a été élaboré selon un cahier des charges publié, ayant un niveau d’exigence, en termes de composition et de teneur en ingrédients certifiés issus de l’agriculture biologique, équivalent au(x) niveau(x) d’exigence requis par les organismes certificateurs.


 

L’absence de contrôle


La norme ISO 16128 n’implique pas d’organisme de contrôle ou de certification. Les pourcentages calculés et affichés par les marques se baseront donc sur des déclarations de fournisseurs d’ingrédients. Aucun organisme indépendant n’ira vérifier que les affirmations sont exactes. Il faudra compter sur la bonne foi des fournisseurs.


Quels risques présente la norme ISO 16128, concrètement, pour un consommateur de cosmétiques bio ?


Difficile d'imaginer toutes les dérives que la norme ISO 16128 pourrait générer, car les marques ne manquent pas de créativité quand il s'agit de faire du greenwashing. Ce que craignent les acteurs historiques du bio, c'est que la norme ISO 16128 donne du crédit à ces marques greenwashing.

En donnant une définition au rabais du naturel et des modes de calcul pour savoir combien de ce naturel au rabais est présent dans un produit, les marques pourront renforcer les allégations greenwashing sur leurs packagings et publicités.

Un exemple sera plus parlant. Imaginons que je vends des crèmes pour les mains. Dans ma formule, je mets des ingrédients « dérivés naturels » par l'ISO. D'après les calculs, ces ingrédients représentent 80% de mon produit fini. Je vais donc pouvoir écrire sur mes packagings « contient 80% d'ingrédients d'origine naturelle selon les définitions de la norme ISO 16128 ». Ce que je ne préciserai pas en revanche, c'est la présence de silicone pour donner une apparence hydratée à la peau et le phénoxyéthanol, conservateur polémique, dans les 20% restants.

N'importe quel consommateur non expert ne verra pas le problème. Car pour un consommateur non averti, un produit contenant 80% d'ingrédients naturels, ça ne peut pas être mauvais.


En tant que consommateur, comment être sûr de la qualité du produit que j’achète ?


En décryptant les listes INCI et en se fiant aux garanties des labels bio historiques !

Pour repérer les produits élaborés avec une composition propre, cherchez le logo Cosmébio présent à l’avant des packagings. Le label Cosmébio exige 95% minimum d’ingrédients naturels et 95% minimum de bio pour les ingrédients issus du vivant. Plus de 450 marques et 9000 produits sont actuellement labellisés. Vous pouvez tous les retrouver sur notre site : http://www.cosmebio.org/fr/produits-labellises.php

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Si vous voyez apposée sous le label la signature « Cosmos Natural » ou « Cosmos Organic », cela signifie que le produit a été certifié selon le cahier des charges Cosmos. Cosmos est le cahier des charges international créé par Cosmébio, Ecocert, Soil Association, BDIH et ICEA pour harmoniser les exigences des labels entre les différents pays.

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Écrit par

Marine  Marine