Le microbiome cutané : comprendre l'écosystème de notre peau

Lorsque vous prenez soin de votre peau, vous interagissez avec bien plus que votre épiderme. Des milliards de micro-organismes (bactéries, champignons, virus) vivent à sa surface et jouent un rôle actif dans sa santé. C'est ce qu'on appelle le microbiome cutané.

Longtemps ignorés par la cosmétique, ces micro-organismes sont aujourd'hui au cœur de la recherche. Et ce qu'on découvre change peu à peu le regard sur la peau et la façon d’en prendre soin au quotidien.

1. Microbiote, microbiome : de quoi parle-t-on exactement ?

Ces deux termes sont souvent utilisés, mais ils ne désignent pas tout à fait la même chose.

Le microbiote désigne l'ensemble des micro-organismes vivants présents sur la peau mais aussi à l’intérieur, dans les follicules pileux et les glandes sudoripares. Il est constitué d’environ 1 million de micro-organismes par centimètre carré, répartis en bactéries (les mieux connues), champignons, virus et archées [1,2].

Le microbiome désigne l’ensemble des gènes portés par ces micro-organismes ainsi que les informations obtenues grâce à leur analyse [2].

2. Un écosystème unique à chaque personne

Votre microbiome cutané est unique. Les différentes zones du corps - zones sèches (avant-bras, jambes), humides (aisselles, plis) ou riches en sébum (visage, dos) - n’hébergent pas les mêmes populations microbiennes. [1]

Il est déterminé par notre patrimoine génétique et est en partie constitué dès la naissance. Il évolue ensuite tout au long de la vie en fonction de différents facteurs : alimentation, stress, pollution, les éléments (produits, objets, individus) avec lesquels nous sommes en contact [3].

À noter : selon certaines études, le microbiome des femmes présenterait une diversité légèrement plus élevée que celui des hommes. Cela est notamment lié aux variations hormonales et habitudes d'hygiène.[3]

3. À quoi sert le microbiote cutané ?

Les micro-organismes présents sur la peau remplissent plusieurs fonctions essentielles très peu connues :

  • Protection contre les agents pathogènes. En occupant l'espace et en produisant des substances antimicrobiennes naturelles (bactériocines, peptides), les bactéries commensales (naturellement présentes sur la peau) empêchent les micro-organismes indésirables de s'installer. [4]

  • Régulation du pH cutané. Une peau saine est légèrement acide (pH entre 4,5 et 5,5). Ce milieu, entretenu en partie par le microbiome, crée un environnement défavorable aux germes pathogènes.[1]

  • Régulation du système immunitaire. Les micro-organismes cutanés limitent les réactions inflammatoires en aidant le système immunitaire à distinguer ce qui est inoffensif de ce qui est réellement dangereux. [4]

  • Soutien à la barrière cutanée et à l'hydratation. Certaines bactéries contribuent à la production de molécules qui renforcent la barrière cutanée et réduisent la perte en eau. Leur métabolisme régule aussi la production de sébum.[5]

  • Protection face aux agressions environnementales. Le microbiome participe à la défense de la peau contre certaines agressions extérieures, notamment la pollution atmosphérique.[6]

4. Quand le microbiome se déséquilibre : la dysbiose

Comme tout écosystème, le microbiome peut être perturbé. On parle alors de dysbiose, un déséquilibre entre les bons et les mauvais micro-organismes. Les conséquences peuvent se manifester sur la peau : boutons, peau sensible, rougeurs, démangeaisons.[3]

De nombreuses études font le lien entre dysbiose et plusieurs problèmes cutanés courants :

  • L'eczéma (dermatite atopique) : La diversité du microbiome cutané diminue fortement et certaines bactéries deviennent dominantes lors des poussées. [4,7]
  • L'acné : Liée à un déséquilibre entre les différentes souches de la bactérie Cutibacterium acnes.[3]
  • Les pellicules et la dermatite séborrhéique : liées à un déséquilibre fongique, avec une multiplication du champignon Malassezia restricta. [3]
  • La peau sensible : associée à une réduction de certains micro-organismes protecteurs, notamment Staphylococcus epidermidis. [3]
  • Le vieillissement cutané : après 60 ans, la composition du microbiome évolue, parallèlement à l'amincissement de la peau et à la baisse de production de sébum. [3]

5. Les facteurs qui fragilisent le microbiome

Certaines pratiques du quotidien perturbent le microbiome cutané sans qu'on en soit toujours conscient :

  1. Se laver trop souvent ou trop agressivement : certains tensioactifs peuvent éliminer une grande partie des micro-organismes immédiatement après le lavage. Le microbiome se reconstitue généralement en un à 3 jours, mais des agressions répétées peuvent affaiblir cette capacité de récupération.[8]
  2. Les produits aux pH trop alcalins : ils déstabilisent l'acidité naturelle protectrice de la peau. [1]
  3. La pollution atmosphérique : elle modifie la composition du microbiome, en particulier en milieu urbain.[6]
  4. Le stress : via l'élévation du cortisol, il augmente la production de sébum et fragilise le contrôle immunitaire de la peau.[3]
  5. Une alimentation déséquilibrée : les régimes riches en sucres raffinés et en produits laitiers sont associés à une expansion des souches pro-inflammatoires. À l'inverse, les oméga-3, les polyphénols et les aliments fermentés soutiennent l'équilibre microbien. [3]

6. Cosmétique et microbiome : ce que dit vraiment la science

À ce jour, il n’existe pas encore de réglementation spécifique encadrant les allégations liées au microbiote en cosmétique. Certaines marques s’appuient donc sur des travaux scientifiques solides et des tests rigoureux.

Un point essentiel à retenir : lorsque le microbiote est en bonne santé, l'objectif n'est pas de le «renforcer », mais de préserver son équilibre naturel. Une intervention devient pertinente lorsqu’un déséquilibre (dysbiose) est identifié. [2]

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants connus pour leurs effets bénéfiques sur la santé lorsqu'ils sont consommés en quantité suffisante. En cosmétique, leur utilisation sous forme vivante reste toutefois complexe : ils doivent survivre à la fabrication, à la conservation et à l'utilisation du produit. C'est pourquoi la plupart des formules privilégient aujourd'hui d'autres approches [9] :

  • Des prébiotiques (inuline, galacto-oligosaccharides, fibres végétales…) qui nourrissent les bonnes bactéries et favorisent l’équilibre microbien.

  • Des postbiotiques (dérivés de bactéries : lysats, ferments) qui apportent des composés actifs qui peuvent soutenir les défenses cutanées sans effet antibactérien large).

  • Des ingrédients ou formulations dits "microbiome-friendly" (eaux thermales, extraits fermentés, pH adapté, …) qui agissent moins par action directe que par respect de l'écosystème existant.[5]

7. La cosmétique bio : une réponse cohérente

La cosmétique certifiée bio n'est pas simplement une tendance, elle répond à des enjeux scientifiques concrets pour le microbiome.

Plusieurs études suggèrent que des perturbateurs endocriniens, phtalates, pesticides, certains conservateurs et d'autres substances présentes dans les produits non-bio sont capables d'agir sur les bactéries du microbiote cutané [10,11]. Les cosmétiques bio évitent d'exposer inutilement le microbiome à ces molécules et on peut craindre des effets encore plus sérieux lorsqu'elles se combinent dans une même formule (effet cocktail).

Le label Cosmébio encourage des formulations qui privilégient les ingrédients d'origine naturelle et biologique tout en excluant un grand nombre de substances controversées. Dans un contexte où la recherche met en évidence l'importance du microbiome pour la santé de la peau, cette approche apparaît particulièrement cohérente avec l'objectif de préserver les équilibres naturels cutanés.

Le microbiome cutané est aujourd'hui l'un des domaines les plus dynamiques de la recherche sur la peau. Il nous rappelle que notre peau n'est pas un territoire à stériliser, mais un écosystème à respecter.

Pour la cosmétique, cela signifie éviter les agressions inutiles, choisir des formules simples et bien contrôlées, et privilégier des ingrédients d'origine naturelle : c'est précisément ce que la cosmétique certifiée bio met en pratique.

Voici des marques labellisées cosmébio ayant intégré cette approche dans leurs formules :  BIOTICAL  et BERDOUES.

[1] Grice, E.A. & Segre, J.A. (2011). The skin microbiome. Nature Reviews Microbiology, 9(4), 244–253.

[2] Byrd, A.L., Belkaid, Y. & Segre, J.A. (2018). The human skin microbiome. Nature Reviews Microbiology, 16(3), 143–155.

[3] Skowron, K. et al. (2021). Human Skin Microbiome: Impact of Intrinsic and Extrinsic Factors on Skin Microbiota. Microorganisms, 9, 542.

[4] Nakatsuji, T. et al. (2017). Antimicrobials from human skin commensal bacteria protect against Staphylococcus aureus and are deficient in atopic dermatitis. Science Translational Medicine, 9(378), eaah4680.

[5] Wang, D.-Q. et al. (2023). Effects of investigational moisturizers on the skin barrier and microbiome following exposure to environmental aggressors. Journal of Clinical Medicine, 12(18), 6078.

[6] Liu, L. et al. (2020). Ambient pollution causes microbiome shifts and barrier dysfunction. Journal of Investigative Dermatology, 140(9), 1827–1836.

[7] Bjerre, R. et al. (2021). Skin dysbiosis in the microbiome in atopic dermatitis is site-specific and involves bacteria, fungus and virus. BMC Microbiology, 21(1), 113.

[8] Roth, T.L. et al. (2021). Short-term perturbations of the skin microbiome by personal-care products. Microbiome, 9(1), 181.

[9] Lew, L.C. et al. (2020). Probiotic and postbiotic applications in cosmetic formulations. Frontiers in Microbiology, 11, 1876.

[10] Murphy, B. et al. (2021). In-vivo impact of common cosmetic preservative systems in full formulation on the skin microbiome. PLoS ONE, 16(7), e0254172.

[11] Pinto, D. et al. (2021). Effect of commonly used cosmetic preservatives on skin resident microflora dynamics. Scientific Reports, 11.

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Écrit par
Mélissa  Mélissa