Cosmétiques naturels et bio : 13 questions que se posent les consommateurs au sujet de la norme ISO 16128

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La seconde partie de la norme ISO 16128 relative aux cosmétiques naturels et bio a été publiée fin septembre. Zoom sur les principales questions que se posent les consommateurs.
 

Pourquoi la norme ISO 16128 a-t-elle été créée ?

 

La norme ISO 16128 a été créée dans un souci d’harmonisation des terminologies relatives aux ingrédients biologiques et naturels entre les différents pays du monde.

En d’autres termes, l’objectif de la norme est de définir un langage commun au niveau international pour qualifier les ingrédients naturels et biologiques.
 

Quel a été le processus de décision qui a mené à la publication de la norme ISO 16128 ?

 

La réalisation d’une norme ISO se compose de plusieurs étapes :

1. Tout d’abord, un comité technique travaille sur l’élaboration du projet à la demande du marché.

2. Chacun des 28 pays impliqués est représenté par une délégation qui discute deux fois par an des textes rédigés par le comité technique de l’ISO. Pour faire partie de cette délégation, il est nécessaire de payer une cotisation annuelle. En raison de cette cotisation de plusieurs milliers d’euros, l’accès à la délégation a été compliqué pour les représentants de la filière cosmétique bio, et facilité pour les acteurs de la branche conventionnelle.

3. La délégation fait part de ses observations, ce qui donne lieu à des modifications et de nouvelles réunions.

4. À l’issue des discussions, la délégation procède à un vote pour dire si elle est d’accord ou non avec le projet de norme. A cette étape, Cosmébio n’était pas d’accord. C’est pourtant le « pour » qui l’a emporté au niveau de la délégation française.

5. Enfin, un vote de l’ensemble des délégations nationales est organisé. Si le « pour » l’emporte à nouveau, la norme est publiée.
 

Qu’est-ce que la norme ISO 16128 encadre exactement ?

 

- La définition d’un ingrédient d’origine naturelle ou dérivé naturel
- La définition d’un ingrédient biologique ou dérivé biologique
- Le mode de calcul des indices de naturel et/ou de biologique des ingrédients
- Le mode de calcul du pourcentage d’ingrédients bio ou naturels d‘un produit fini
 

La norme ISO 16128 modifie-t-elle les exigences des labels historiques ?

 

Non.

Les labels suivent les exigences de cahiers des charges stricts et transparents, comme Cosmos, qui a été réalisé par Cosmébio, Ecocert, BDIH, Soil Association et ICEA, des acteurs historiques du bio en Europe.

La norme ISO ne peut en aucun cas modifier les exigences des labels. Nous garantissons toujours 95% d’ingrédients naturels et 95% d’origine biologique pour les ingrédients issus du vivant.
 

Est-ce que tout le monde s’accorde sur la définition des substances naturelles ?

 

Non.

Cosmébio et Ecocert ont claqué la porte du groupe de travail lorsqu’ils ont constaté que les discussions menaient vers une norme allant dans l’intérêt des industriels de la cosmétique conventionnelle, au détriment de la transparence de l’information pour les consommateurs.

La délégation allemande, représentée par l’association BDIH, a quant à elle voté contre toutes les textes proposés.

Nous refusons donc le terme « consensus » pour qualifier le processus de décision de l’ISO 16128.

 

La norme ISO 16128 contient-elle une « liste noire » d’ingrédients et process interdits ?

 

Non.

La norme n’interdit pas d’ingrédients, elle donne juste des définitions et des calculs pour afficher le pourcentage d’ingrédients naturels ou bio présents dans un produit donné.

Les industriels sont donc libres d’intégrer dans leurs formules des matières premières controversées, dont certaines suspectées d’être des perturbateurs endocriniens (phénoxyéthanol, benzophenone-3, parabènes, chlorphénésine, BHA/BHT, triclosan, ethylhexyl methoxycinnamate…).

Ce, tout en indiquant un pourcentage d’ingrédients naturels ou bio sur le packaging.
 

La norme ISO 16128 précise-t-elle un % minimum d’origine naturelle à respecter pour qu’un cosmétique soit considéré comme naturel ?

 

Non.

La norme ISO 16128 n’indique rien à ce sujet, elle ne donne que des définitions et des calculs pour connaître les indices de naturalité d’un ingrédient donné.

En France, l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité) encadre déjà depuis de nombreuses années la dénomination “produit naturel” en la réservant aux cosmétiques dont la composition est supérieure à 95% d’ingrédients naturels.
 


Note de l’ARPP : un produit cosmétique ne peut être qualifié de “naturel” que si le produit fini contient un minimum de 95%(p/p) d’ingrédients définis comme “naturels” ou “d’origine naturelle”, selon les règles en usage (par exemple : réglementation nationale ou communautaire, cahier des charges ou référentiels publiés).


 

Si le produit contient 95% d’ingrédients naturels, que contiennent alors les 5% restants avec l’ISO 16128 ?

 

Tout et n’importe quoi.

N’ayant pas prévu de « liste noire », la norme ISO 16128 laisse la possibilité d’intégrer n’importe quel composant chimique dans les 5% de matières premières synthétiques autorisées.

Et c’est bien ça le problème. Ces 5% restants constituent une véritable boîte de Pandore dans laquelle il sera possible de trouver des ingrédients chimiques potentiellement nocifs pour les consommateurs.

A contrario, les labels de la cosmétique naturelle et bio incluent une liste d’ingrédients et de procédés autorisés, formulés dans les annexes. Les 5% d’ingrédients pétrochimiques tolérés sont donc rigoureusement contrôlés.
 

Quel est le risque pour le consommateur ?

 

Croire qu’un cosmétique est naturel parce qu’il revendique sur le packaging un pourcentage plus ou moins élevé d’origine naturelle ou biologique, alors qu’il contient aussi des ingrédients synthétiques controversés.

En se basant sur la norme ISO 16128, les marques pourront calculer et afficher un pourcentage d’ingrédients bio dans leur produit fini (“contient X% d’ingrédients naturels selon la norme ISO 16128”). Elles bénéficieront de la crédibilité de l’ISO au niveau international auprès des consommateurs.

Le problème, c’est qu’elles n’indiqueront probablement pas les composants controversés qui côtoieront les ingrédients naturels et bio (silicones, parabènes phénoxyéthanol, huiles minérales…).

Un consommateur non averti qui verra par exemple “contient 80% d’ingrédients naturels” risque donc de se dire que c’est un bon produit, même si les 20% restants sont composés d’ingrédients synthétiques nocifs.
 

La norme ISO 16128 fera-t-elle l’objet d’une certification par un organisme de certification ?

 

Non.

Contrairement aux cosmétiques certifiés bio dont les sites de production sont contrôlés et les formules soumises aux organismes de certification Ecocert, Bureau Veritas ou Cosmécert, les cosmétiques estampillés « norme ISO 16128 » ne feront l’objet d’aucune certification garantissant le respect de la norme.
 

Quels contrôles prévoit la norme ISO 16128 ?

 

Aucun.

Seule une attestation des fournisseurs du pourcentage de naturalité de chaque ingrédient sera nécessaire. Contrairement aux produits certifiés bio, aucune vérification ni justification de l’achat des matériaux biologiques ne seront imposées et le contrôle des dossiers de fabrication imposé aux produits certifiés bio ne sera pas nécessaire pour les produits estampillés norme ISO 16128.

Les informations reposeront sur de simples déclarations et sur la bonne foi des fournisseurs de matières premières.

La notion de traçabilité des ingrédients que garantit la certification bio est absente de la norme ISO 16128.
 

Où peut-on consulter la norme ISO 16128 ?

 

La norme ISO 16128 est disponible uniquement en accès payant. La première partie est au prix de 61 €, et la seconde partie à 92 €.

Le référentiel Cosmos, selon lequel l’association Cosmébio labellise les produits de ses adhérents, est quant à lui consultable gratuitement sur le site https://cosmos-standard.org/ (rubrique Forms and documents).
 

Que conseillons-nous aux consommateurs au sujet de cette norme ?

 

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Pour choisir leurs cosmétiques sans tomber dans le piège du greenwashing, les consommateurs peuvent se fier aux labels historiques comme Cosmébio, qui se basent sur des cahiers des charges stricts et transparents, comme le cahier des charges international Cosmos.

Tous les consommateurs n’ont pas vocation à devenir experts en décryptage d’étiquette et de liste d’ingrédients. Les labels sont là pour permettre une garantie fiable de qualité dans le cadre des achats quotidiens. La meilleure solution pour que le consommateur s’y retrouve c’est, a minima, le label Cosmébio. Après, il revient au consommateur de choisir une marque en fonction de ses goûts et des engagements qu’il entend soutenir.

 

➡️ Pour aller plus loin, nous vous invitons à consulter notre page dédiée à la norme ISO 16128.

 

Écrit par

Marine  Marine

Le08janvier2018